Le Manoir de Bélissendres: Accroche

An de Grâce 1435.

     Le blizzard font la guerre font rage au dehors. Ils s’abattent à la porte de chaque châtellerie pour y emporter les hommes. La guerre de Cent Ans, qui oppose Français fidèles au Roy, Bourguignons et Anglais, ne cesse de faire succéder trêves et coulées de sang, loyautés et fourberies, réconforts et désillusions. Et cela depuis bientôt trois ou quatre générations.

14_10-CdlR_Animation-66De plus, d’autres fléaux rongent le pays. Que ce soit les conflits externes a celui-ci, comme celui entre les alliés des pays en guerre, comme celui entre la Castille et l’Aragon, les attaques traîtresses de l’Ecosse ou de l’Allemagne rhénane, l’ambivalence des princes des Pays-Bas, les démêlés religieux pour savoir qui serait le chef des chrétiens, et qui serait ou non excommunié, ou alors qu’il s’agisse des épidémies telles celles de la Peste Noire, du Choléra, de la Syphilis, du Feu Saint-Antoine, ou des grippes mortelles. La France, ou du moins ce qu’il en reste, est ravagée. Les paysans affamés quittent les campagnes, et les brigands recommencent à pulluler sur les routes tels de sombres corbeaux autour du cadavre frais d’un enfant

Les intérêts personnels empoisonnent les relations, l’amertume en conquiert les cœurs.

Pourtant des héros du fier peuple franc se lèvent parfois pour bouter les envahisseurs hors de France, telle la fière Jeanne Darc, surnommée la Pucelle d’Orléans. Elle qui périt sur un infâme bûcher anglais, brûlée vive telle une sorcière sur la place du marché de Rouen. Elle qui avait délivré Orléans du joug anglais et fait sacrer le bon Roy Charles VII en la Sainte ville de Reims, il y a six ans de cela.

De plus, des ouï-dire rapportent les exploits d’autres héros, tels Thierry la Fronde, qui combattit vaillamment, quoique discrètement, les troupes anglaises dans son ancien fief, en Normandie, et même au-delà.

Les dominations du royaume de France se résument ainsi :
– Le Duché de Guyenne et le Limousin au sud, avec le Duché de Normandie conquis après la bataille d’Azincourt vingt ans en arrière, sont occupés par Henri VI, duc de Cornouailles et Roy d’Angleterre.
– Le Duché de Bourgogne, allié des anglais, s’étend au sud de la Champagne à cheval sur la frontière française et allemande, et contrôle suite à quelques mariages stratégique les Comptés de Flandres, de Namur et de Hainaut, plus au Nord.
– Entre ces possessions, Bourguignons et Anglais se partagent joyeusement la Champagne et la Picardie, de Paris aux frontières du Saint Empire Germanique.
– Le Royaume de France en lui-même, fidèle au Roy Charles VII couronné six ans plus tôt à Reims par La Pucelle d’Orléans, connait alors un regain d’énergie.

Vous êtes actuellement à la châtellerie de Vaucouleurs, une enclave fidèle au Roy de France dans le duché de Lorraine ; loyauté qui étonne plus d’un diplomate pour un territoire entenaillé d’un pays étranger, d’envahisseurs et d’un duché en expansion territoriale… L’endroit qui vous abrite est un manoir dominant un village, sur la route entre Joinville et Nancy, itinéraire très fréquenté pour des raisons commerciales. Vaucouleurs, nommé ainsi suite au grand nombre de poètes inspiré par les couleurs tourbillonnantes de la Nature environnante, est la capitale du fief du Vicomte De Bélissendres, dont la demeure surplombe de son imposante masse les quelques braves maisons se réfugiant dans le linceul de son ombre. Le territoire du Vicomte est considéré comme terre d’accueil, un lieu privilégié pour s’abriter de la guerre et pour parler diplomatie.

Le Vicomte Elrich De Bathory De Bélissendres, qui dirige depuis quelques temps déjà son fief, de main de fer dans un gant de velours, décida de fêter la prise en main de son manoir il y a maintenant cinq ans, suite à une incapacité de sa mère à gérer le domaine familial. Une tragédie connue de tous, mais qu’il ne fait pas bon rappeler au vicomte, l’homme est déjà assez éprouvé ainsi par cette tragédie qui a suivi la mort de son père, un diplomate extrêmement connu en terres de France et dans celles du Saint Empire Germanique pour ses réussites exceptionnelles et ses aptitudes hors du commun.

Cette fête réunit tous ceux qui sont amenés à fréquenter le vicomte et à l’apprécier car une telle date doit se fêter dignement, et ce dans un cercle de personnes de qualité ! Pourtant, les vents ne furent pas du même avis…

Le Val est un endroit de passage très fréquenté, et bien évidemment, une fois l’hiver venu, les transits par cet endroit ne cessent pas. Pris par le blizzard, certains voyageurs se virent donc dans l’obligation de demander l’hospitalité en ce village. Le vicomte, dont rien ne semble ternir l’image, est le seul qui possède une demeure assez grande pour contenir tant de personnes. Les voyageurs furent donc reçus au manoir, et puisqu’ils y étaient, conviés au banquet malgré les odeurs de chiens mouillés que certains pouvaient y introduire.

Pourtant, l’édifice de pierres sombres et assez élevé semble peser de tout son poids sur les consciences des gens. Car sitôt la sinistre demeure en vue, le silence tomba sur l’assemblée d’itinérants assaillis par les vagues de froid. Et quand le domestique, Ygor, ouvrit les portes, cela ne rassura en rien ces gens. Une seule, une unique entrée sombre éclairée par l’unique chandelle que portait Ygor les accueillait.

Mais la fête résonne déjà à l’intérieur…